La céramique artistique

Les grandes dates

Héritière d’une longue tradition potière liée au sous-sol riche en terre argileuse, Vallauris s’est distinguée pendant de nombreuses années grâce à la céramique culinaire. Ce n’est qu’à la fin du XIXe, qu’apparaîtra, parallèlement à cette production traditionnelle, la céramique d’art. Celle-ci fut notamment introduite par la famille Massier…

En 1947, l’arrivée de Picasso dans la cité des potiers et son étonnante production contribue largement au renouveau de cette activité. Il favorise en outre l’installation à Vallauris de nombreux artistes venus eux aussi s’initier aux « arts du feu ».

C’est dans les années 1950 que la céramique de Vallauris connaîtra son « âge d’or », période durant laquelle on assistera à l’avènement de grands noms tels que Roger Collet, Gilbert Portanier, Roger Capron, Jean Derval, Suzanne Ramié…

Aujourd’hui, la tradition artistique se perpétue avec talent et Vallauris continue à faire naitre de nouveaux artistes.

La famille Massier

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Delphin Massier (1836-1907) Plat « Le crépuscule » Fin XIX° siècle Inv. 1994-1-640 © François Fernandez

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Clément Massier (1844-1917) Coupe Naïade Vers 1900 Inv. 1994-1-636 © Emmanuel Valentin

À la charnière des XIXe et XXe siècles, la famille Massier est à l’origine d’une importante mutation de la pratique céramique à Vallauris. Ils innovent en se lançant dans une production de céramique artistique.

Clément Massier (1844-1917), son frère Delphin (1836-1907) et Jérôme Massier fils (1850-1916) seront les précurseurs de nouvelles techniques de décor : la faïence émaillée puis celle du lustre métallique. Tous trois seront à la tête d’importantes manufactures de faïences artistiques situées à Vallauris.

Leur production est abondante et diversifiée autant qu’originale : vases, cache-pot et complets en faïence émaillée monochrome, jaspée ou à décor lustré, barbotines aux formes animalières. Ils s’entourent également d’artistes, de peintres ou de sculpteurs, soucieux d’associer désormais à une production courante la notion de créativité (nouveautés dans les décors, recherches sur les couleurs).

Replacée dans le contexte de l’époque, l’expansion des ateliers Massier va de pair avec l’établissement de ce que l’on nommera la Côte d’Azur et le développement d’un tourisme cosmopolite, nouvelle clientèle que va conquérir la famille Massier.

Les Massier vont très vite percevoir l’enjeu des Expositions Universelles, lieux de confrontations et d‘échanges entre les différentes nations. Passionnés, ils font d’incessantes recherches sur les émaux. La découverte du lustre métallique se situe pour Clément aux alentours des années 1886/1887. Il est récompensé pour ses recherches par l’obtention d’une médaille d’or à l’exposition universelle de 1889.

À la suite des Massier, des céramistes, comme le groupe B.A.C.S, continuent au début du XXe siècle, une production artistique.

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Clément Massier (1844 – 1917) Deux vases à têtes de béliers Fin XIX° siècle Inv. 1996-29-1 (1 à 2) © François Fernandez

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Clément Massier (1844-1917) Tondo Vers 1900 Achat de l’Association des Amis du Château-musée, 2007 Inv. 2007-2-1 © François Fernandez

Picasso à Vallauris, un nouveau souffle

En 1946, la rencontre du peintre très célèbre qu’il est déjà avec Suzanne Ramié, fondatrice de la fabrique Madoura, fut décisive pour l’avenir de Vallauris.

En effet, c’est en visitant l’exposition annuelle des potiers de Vallauris en 1946, au hasard d’une rencontre avec Suzanne et Georges Ramié, que Picasso réalise ces premiers essais céramiques. En 1947, il décide de se consacrer à cette activité qui lui offre de nouvelles perspectives de création et emménage à Vallauris en 1948.

Commence alors entre Picasso et l’atelier Madoura, une collaboration qui donnera naissance à environ quatre mille œuvres originales allant de véritables sculptures aux plats ou vases. Cette dernière se poursuivra pendant plus de 20 ans et ce malgré les déménagements de Picasso à Cannes (1955) puis à Mougins (1961) car l’atelier Madoura continuera de lui apporter les pièces à domicile pour qu’il les décore.

Sa pratique est peu orthodoxe. Picasso sculpteur façonne dans la glaise faunes et tanagras, décore inlassablement plats et assiettes de ses thèmes favoris (corrida, femme, chouette, chèvre…), dessine de nouvelles formes que le tourneur Jules Agard façonne. Toute cette production est bien sûr régulièrement présentée avec celle des autres céramistes lors des expositions annuelles.

Une partie des œuvres réalisées par l'artiste à Vallauris sont à découvrir au musée Magnelli, musée de la céramique (céramiques, linogravures) et au musée national Picasso "La Guerre et la Paix" (billet groupé).

L'âge d'or de Vallauris

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André Baud (1903 – 1986) Paire de chandeliers à trois branches Vers 1950 - 1951 Inv. 1994-3-2 (1 à 2) © Sylvain Deleu

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Roger Capron (1922 – 2006) Vase Vers 1955 1994-11-1 Coupe à décor vert noir strié Vers 1955 Inv. 1994-3-1 © François Fernandez

Dans les années d’après-guerre, toute une nouvelle vague de jeunes créateurs vient tenter à Vallauris l’aventure de la céramique, certains pour quelques années, d’autres plus durablement. Ils se nomment André Baud, Roger Capron, Robert Picault, Robert Pérot, Gilbert Valentin, Juliette Derel, Gilbert Portanier, Jean Rivier, Suzanne Ramié, François Raty, Juliette Mazaudois, les Argonautes, Michel Anasse, Alexandre Kostanda, Roger Collet, Albert Thiry ….

Formés dans des écoles d'art ou autodidactes, ces jeunes gens désireux d’oublier la période précédente et attirés à la fois par la douceur de vivre méditerranéenne et les ressources locales, humaines et matérielles encore présentes à Vallauris, donnent un nouveau souffle à la ville ; souffle décuplé par l'arrivée et l'installation de Pablo Picasso à Vallauris. Après les difficultés de la guerre et portés par l’insouciance de la jeunesse, ils souhaitent, en s’emparant du matériau terre, donner forme à leur enthousiasme.

Les expressions artistiques apparaissent multiples, mais l’ensemble donne à voir une vitalité et une inventivité tant dans les volumes que dans les décors. En libérant les formes, les objets utilitaires prennent une nouvelle ampleur et développent une dimension sculpturale. Les expérimentations les poussent à des recherches sur les surfaces, développant des compositions picturales ou des motifs graphiques selon leur tempérament.

Si le parcours est semé d’embûches, ils se lancent avec passion et le désir de faire revivre cet art millénaire au travers des expressions artistiques contemporaines mais aussi la ville elle-même. C’est ainsi qu’une vie culturelle et festive, peu à peu, se met en place.

À côté des nouveaux ateliers fonctionnant de manière artisanale, des fabriques anciennement installées à Vallauris maintiennent leurs activités et de nouvelles s’installent.

Les amitiés et collaborations artistiques de Picasso attirent sur la commune, de nombreux artistes : poètes, peintres et sculpteurs comme Éluard, Cocteau, Prévert, Matisse, Mirò, Chagall. La majorité d’entre eux vont s’initier à la céramique, certains, de manière anecdotique d’autres de manière plus approfondie. Deux ateliers accueillent principalement ces artistes : Madoura et l’Atelier du Tapis-Vert. Vallauris apparaît ainsi une terre d’élection pour les peintres et les sculpteurs parmi lesquels nous pouvons citer Edouard Pignon, Anton Prinner, Marc Chagall, Victor Brauner, Foujita…

Roger Collet (1933 - 2008) Vase sur socle Vers 2003 Grès Inv. 2006-5-1 © Emmanuel Valentin
Gilbert Portanier (1926 – 2023) Petites assiettes 1952 Inv. 1995-8-3 et 1995-8-4 © Sylvain Deleu
Robert Picault (1919 – 2000) Four de campagne Vers 1950 Inv. 1994-14-1 © Sylvain Deleu
KOZO ICHIKAWA Coulée blanche Vers 1974 Porcelaine émaillée Japon Inv. 1994-18-86 © François Fernandez
Robert Picault (1919 – 2000) Pichet à décor géométrique Vers 1955 Inv. 1994-13-5 © Sylvain Deleu
Beretta Service de table à bord perlé 1950 Terre vernissée Inv. 1997-14-1 © François Fernandez
Gilbert Portanier (1926 - 2023) Grand Vase 1982 Faïence France Grand Prix de la ville de Vallauris 1982 Inv. 1994-18-168 © François Fernandez
Les Argonautes / Frédérique Bourguet (1925 – 1998) Arbre de vie Vers 1956 – 1958 Inv. 1995-9-1 © Sylvain Deleu
Foucard-Jourdan Service de table 1940 - 1950 Inv. 1995-15-1 © François Fernandez

Vallauris, un lieu de création contemporaine

Il est difficile de parler d’un style vallaurien tant les œuvres de chacun sont le fait d’individualités très marquées et le fruit de recherches personnelles. Certains s’attachent à l’aspect pictural, d’autres travaillent la magie des couleurs, d’autres encore les volumes.

C’est en s’enfonçant au cœur de la ville que visiteurs et curieux peuvent découvrir ces petits ateliers où des artistes manient la terre avec talent.