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Le Musée National Picasso "La Guerre et la Paix"

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La Guerre et la Paix (1952)



En 1949, la sculpture l’Homme au mouton, offerte par Picasso à la ville, est installée dans la chapelle inutilisée : l’idée naît, alors, de peindre ce lieu mais elle n’est vraiment relancée qu’en 1951, lorsque le 70e anniversaire de Picasso est fêté dans la chapelle.

La genèse de la Guerre et la Paix s’inscrit dans un double contexte, politique et artistique : politique car Picasso, alors adhérent au parti communiste, est vice-président du Comité mondial de la Paix et artistique car, comme Claude Roy l’a souligné « Picasso ne serait pas fâché d’avoir son tour ». En effet, les créations de Matisse pour la chapelle du Rosaire à Vence et celles de Chagall pour la chapelle Notre-Dame de Toutes-Grâces d’Assy ont créé une émulation à laquelle prend part Picasso. Cependant, contrairement aux deux peintres, Picasso exclue tout caractère religieux à son projet et conçoit le décor d’un Temple de la Paix.

Si la réalisation est rapide, elle est précédée de 300 dessins préparatoires entre avril et septembre 1952. Picasso réalise son œuvre pour le vestibule de la chapelle, dont l’entrée était, à l’époque, à l’opposé de l’actuelle. Ainsi, le point de départ de l’œuvre se découvre à partir de cet ancien point d’entrée.

Contrairement aux autres peintures « politiques » de Picasso, cette œuvre n’est pas liée à un évènement historique précis mais elle s’inscrit dans une certaine intemporalité. Dans un premier temps, le visiteur voit la Guerre, personnifiée par une figure anonyme qui est la première image qui s’est imposée à Picasso, celle de « la course dégingandée et cahotante d’un de ces corbillards de province ». Le Guerrier de la Paix, portant les attributs de la Justice, stoppe cette avancée. Sur son bouclier, est peinte la colombe, dont Picasso avait fait sur les affiches des mouvements pour la paix le symbole communiste de la Paix, avant qu’elle n’en devienne le symbole universel. Sous la colombe, se devine en transparence, le Visage de la Paix, celui de Françoise Gilot qui a été recouvert d’un glacis semi-transparent. Ce personnage marque la transition entre les deux panneaux. Dans le second panneau, la Paix, est dans un premier temps, représentée comme la reprise de la vie : la mère allaitant son enfant, le feu qui nourrit, la création / l’écriture, en opposition dans les thèmes et dans le traitement pictural avec les figures du panneau de la Guerre. Picasso, avec la Paix, craint de tomber dans la banalité. C’est pourquoi dans la seconde partie du panneau, la Paix est représentée comme une utopie mais une utopie qui repose sur une fragile balance.

La Guerre et la Paix est composée de 18 panneaux d’isorel, vissés sur un berceau-armature en bois courbe. L’isorel a été choisi pour ses qualités de flexibilité. Un échafaudage avait été mis en place au Fournas pour peindre les panneaux à plat. L’œuvre est achevée en décembre 1952 mais elle ne sera définitivement installée dans la chapelle qu’en 1954. En effet, en 1953, l’ensemble des œuvres « politiques » (Guernica, 1937 ; le Charnier, 1945 ; Massacre en Corée, 1951) de Picasso sont exposées en Italie. En 1956, Picasso offre les panneaux à l’Etat français. L’année suivante, la chapelle devient musée national. Le troisième panneau, qui condamne l’accès à l’ancienne porte d’entrée, est peint, dans une facture différente, en 1958. L’inauguration officielle a lieu, le 19 septembre 1959, en l’absence de Picasso.

Dernière œuvre politique de Picasso, la Guerre et la Paix est une œuvre éminent expressive mais elle est également une œuvre picturalement très aboutie dans laquelle Picasso, avec une maîtrise parfaite de son art, joue sur les effets de matité et transparence ainsi que sur la technique des gouttes et giclures en opposition avec la notion du « bien-peindre » de la Renaissance.


Illustrations




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