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GUILLAUME PINARD

Madoura, lieu d’art, d’histoire et de création

Génial dynamiteur, Guillaume Pinard nous plonge dans un univers où l’ironique le dispute au grotesque. Se nourrissant d’un réel qu’il caricature jusqu’à l’absurde, l’artiste questionne la représentation, déstabilise les fondements du jugement esthétique au bénéfice d’une étrange, sublime et inquiétante poésie.


Publié le mardi 6 août 2019.

Guillaume PINARD
du 5 août au 30 septembre 2019
MADOURA, lieu d’art, d’histoire et de création
Rue Suzanne et Georges Ramié - VALLAURIS
Entrée libre
Tél. : 04 93 64 41 74



Guillaume Pinard, artiste français né à Nantes en 1971, vit et travaille à Rennes.

Pourquoi Guillaume Pinard ? Pourquoi une telle exposition alors que la Biennale est censée battre son plein à Vallauris ? Pourquoi de la peinture, du pastel alors que l’heure est à la céramique dans la cité des potiers ? Voilà des questions que nombre de nos visiteurs se poseront en entrant dans cette salle, ancienne partie haute du grand four à bois, qui accueille pendant deux mois des œuvres insignes, rares par leur intégrité, leur liberté et leur capacité à éveiller en nous tant de sentiments où se mêlent une douce confusion des sens et une jubilation intellectuelle qui mettent heureusement en péril nos préventions et préjugés.

La réponse est simple. Dans la logique de la programmation que nous avons mise en place depuis la réouverture au public de Madoura, la présence de cet artiste, de son œuvre, sonne comme une évidence dans un lieu qui a toujours donné une place particulière au génie humain sous sa forme la plus surprenante, celle de la générosité, de l’amour inconsidéré pour la pensée mais aussi pour la liberté la plus absolue, condition au développement de la réflexion la plus féconde qu’un Pablo Picasso œuvrant à Madoura symbolise à lui seul. Suzanne Ramié puis son fils ont soutenu, au travers de leur engagement pour ce lieu, pour les artistes accueillis dans la simplicité de ces vieux murs, au travers d’expositions toujours brillantes, un certain état d’esprit. Il nous revenait de leur rendre hommage, dans ce moment si particulier précédant la fermeture de la poterie pour travaux, par un projet qui leur ressemble et qui, en même temps, « déménage » quelque peu. L’œuvre de Guillaume Pinard cristallise en elle cet état d’esprit défendu depuis des siècles par les plus talentueux de nos intellectuels et artistes, un état d’esprit à ce point éclatant, iconoclaste, irrévérencieux et populaire, qu’il en devient universel par cette capacité à être partagé, transmis, perçu et compris de tous.

Répondant à notre invitation, Guillaume Pinard a posé ce « petit sac » rêvé qu’il aime évoquer parfois. Un petit sac qui contiendrait idéalement toutes ses œuvres, généralement de petit format, composant, le temps de ce projet, le temps d’une pose dans un nomadisme propre aux saltimbanques de l’art, un corpus drolatique et oxygénant qui n’est pas sans rappeler ce qui faisait le succès des mistères, ce genre théâtral apparu au XVème siècle composé d’une succession de tableaux, animés et dialogués, mettant en œuvre des histoires et des légendes dont l’imagination et la croyance populaire s’étaient nourries. Le surnaturel et le réalisme, comme ici, s’y côtoyaient de façon inattendue. Guillaume Pinard, baladin, nous propose avec générosité de nous marrer de ses espiègleries, de ses galipettes à la fois savantes et ubuesques dans un temps inquiétant, sombre et même, disons-le, parfois, d’une tristesse infinie. Il faut dire que chacune de ses expositions est conçue par lui comme une expérience singulière où le visiteur est invité à « ralentir le pas et à lever la tête ». Répondons à l’invite, ralentissons le pas et levons la tête. Offrons-nous ce temps si rare aujourd’hui pour une expérience à nulle autre pareille. Lâchons-nous que diable ! Inutile de rejouer cette vaine partie d’échec du chevalier Antonius Blok avec la mort si magnifiquement mise en scène par Ingmar Bergman dans son film de 1957, Le septième sceau. Ou alors, faisons-le, comme le bateleur Jof et sa famille, avec ce bonheur insouciant propre aux âmes pures, avec facétie, et goûtons au plaisir simple de l’art et de la vie tel que nous le propose Guillaume Pinard. Tâchons de conjurer ce sort qui est le nôtre avant que la danse ne devienne trop macabre et nous emporte sur la crête dans la noirceur d’un horizon nocturne.

Guillaume Pinard nous offre là une occasion unique, une expérience n’échappant pas à la règle du dynamitage désopilant et systématique perpétré par lui. Sa déflagration nous donne l’occasion d’un sursaut salutaire. Interpellé, le visiteur ne peut que l’être tant la proposition est déroutante par son apparence mais aussi par sa singulière familiarité avec ce qui résonne en nous de plus humain, de plus dérisoire et, en même temps, de plus touchant. Si cette exposition est l’occasion d’une rencontre inattendue avec un artiste champion d’un humour et d’une poésie aussi efficaces que déconcertants, le choix des œuvres présentées, trompeusement hétérogène, produit, lui, une transformation, une transmutation mystérieuse en somme, une sorte d’alchimie en résonnance avec le visiteur, le lieu, son histoire et plus largement avec ce que Vallauris et la Côte d’Azur évoquent de manière consciente ou inconsciente pour l’artiste.

Le choix de l’autoportrait titré Aux eaux est, à ce titre, exemplaire. Guillaume Pinard l’a voulu au cœur du dispositif. Situé en bout de salle, isolé, il structure le lieu, capte notre attention, nous interroge et, d’emblée, donne le ton. Nous y voyons l’artiste en bikini rose affublé d’un bandeau agrémenté d’une fleur de la même couleur. Le regard est affirmé, viril et provocateur. Le geste l’est tout autant. La posture rappelle la grande tradition du portrait de cour. Dans cette singulière représentation – une sorte de double pictural largement escamoté – la question du genre se pose dans toutes ses dimensions. Si la représentation « genrée » est dynamitée, celle du genre pictural qu’est le portrait l’est tout autant. L’ontologie de cette peinture s’interroge sur l’être sujet de la peinture, sur l’être artiste mais aussi sur l’être regardant qui, immanquablement, se questionnera à son tour sur ce qu’est ou ce que devrait être la peinture. Cette question première dans le temps et dans l’ordre de la connaissance inaugure l’expérience proposée. « Je voudrais que le spectateur navigue dans mon travail comme je navigue dans ma pratique, comme quelqu’un d’égaré qui cherche son chemin. Les histoires s’enchaînent, s’articulent dans un tissage qui se déploie interminablement, qui se reforme aussi au gré des contextes et des lecteurs. S’arrêter serait mortel. »

L’expérience proposée est clairement annoncée ici. Elle est celle d’un voyage permettant une meilleure connaissance de soi.

Cette peinture, Aux eaux, semble donner un sens particulier à cet accrochage qui fonctionne étonnamment comme une installation : l’ensemble des œuvres reposant à l’évidence sur la notion d’énergie, une énergie contradictoire, puissamment dynamique, une et, par sa dimension temporaire, unique, toute en métamorphoses permanentes. Les autres œuvres en monstration, choisies par Guillaume Pinard, s’offrent à notre vue comme une seconde forme de moi pictural, d’alter ego, cette fois-ci multiple, complexe, tout aussi puissant et riche d’enseignement quant à son engagement et à sa relation au monde. Elles nous interpellent. Elles sortent du commun en ce sens qu’elles s’imposent à notre vue, à notre imagination, par leur singularité. Leur qualité plastique n’a rien à voir avec une quelconque notion de virtuosité dont l’artiste cherche, apparemment à nous éviter l’écueil trop évident et facile par une manière qu’il organise de façon à échapper à la critique technique par nature limitée.

Chacune des œuvres de cette exposition a sa propre histoire liée à ses expériences passées mais aussi à son travail quotidien de dessin, à la relation qu’il entretient avec les peintres l’ayant précédé. Nous retrouvons ici des références à Pablo Picasso ou encore à Edvard Munch avec lesquels il aime dialoguer et auxquels il se confronte régulièrement, des images de notre monde au travers de photographies qu’il réalise ou qu’il trouve. Réunis, peintures et pastels forment ici une narration « mixant des ressources qui vont de l’anecdote à l’histoire de l’art, du cliché à l’énigme ».

Guillaume Pinard aime les métaphores véhiculaires. Ici, les voûtes de l’ancien grand four à bois, ses murs, forment une nef – un vaisseau – que Les marins d’Edvard apprécieront ! Nous naviguons à son invite parmi les paysages, tantôt patchwork trop vu et trop connu à la banalité aussi affligeante qu’inquiétante, tantôt barbaque à la carnation viandarde, les portraits d’animaux aux expressions étrangement personnalisées presque humanisées, ou d’autres clairement inventés – effigies imaginaires de l’autre – les représentations aux références picturales ou sculpturales, les gags : Pythagore en fait les frais ! L’ensemble dessine les contours de quelque chose que nous appréhendons et découvrons avec surprise comme un territoire inconnu et étonnamment intime. Un monde qui est le nôtre. En montant à bord de notre vaisseau, en acceptant une forme de déracinement, protégés par une Khamsa incongrue et multiconfessionnelle à sept doigts, nous découvrons un vaste monde sans clôtures qu’elles soient territoriales, sociales, intellectuelles, psychologiques ou bien encore culturelles et religieuses.

L’instabilité de l’errance proposée, l’inconnu qui s’ouvre à nous, a vocation à nous prémunir des dangereux équilibres et à nous faire découvrir une nouvelle forme de jouissance, celle de l’altérité : une sorte d’écologie idéale où la condition à notre bonheur serait la connaissance de ce qui est autre. Pour cela, il nous faut explorer ce chemin que nous nous devons de réaliser en même temps que nous le parcourons : « Je considère toujours mes spectateurs comme des voyageurs qui se baladent dans des espaces décousus et auxquels il est proposé de connecter des formes hétérogènes entre elles pour y élaborer un chemin ».

En prenant ce chemin nous nous mettons en mouvement. Il ne suffit pas de penser. Il faut que cette pensée s’inscrive dans l’action. A la figure du penseur assis, quasiment prostré, venu conclure avec Auguste Rodin un XIXème siècle cafardeux, s’est substituée l’image de l’homme qui marche de Diego Giacometti dans les prémices de la seconde moitié du XXème siècle. Guillaume Pinard nous propose une autre voie : penser et aller gaillardement de l’avant et vite – il y a urgence – abandonner notre enclos, notre trop petite réalité, agir concrètement par la reconnaissance de l’autre dans sa différence, aller au-delà du soi en commençant par l’expérience des lieux oniriques propres à l’artiste, ce magicien, ce sorcier dont les pratiques chamaniques nous permettent d’accéder à un état de transe, à une perception plus juste du monde.

Yves Peltier


Illustrations




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