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BENTE SKJØTTGAARD - Look at me !

Jusqu’au 26 juillet 2019
Rue Suzanne et Georges Ramié - Vallauris

MADOURA, lieu d’art, d’histoire et de création
Tél. : 04 93 64 41 74


Publié le vendredi 21 juin 2019.

BENTE SKJØTTGAARD
Look at me !

Conviée à présenter ses dernières œuvres à Madoura, lieu d’art, d’histoire et de création, Bente Skjøttgaard, artiste danoise, nous fait participer, avec cette exposition, à une réflexion écologique où le drame se cache insidieusement derrière l’émerveillement des matières et des formes. L’objet de notre fascination est un cténophore pélagique : le Mnemiopsis leidyi. Envahissant, prédateur autant que destructeur, il n’en finit plus de nous séduire. La Mer Noire, entre autres, milieu naturellement bio diversifié en a fait les frais. Présent dans l’eau de ballast des navires, rejeté à destination, il a peu à peu envahi, dominé et appauvri l’écosystème local.

Le titre LOOK AT ME ! sonne comme une invite. Nous sommes interpellés par ce qui ressemble étrangement aussi, à une injonction. Cette invite dit la séduction colorée, formelle et hypnotique du sujet, ce fameux cténophore dont le potentiel d’attraction semble vouloir nous faire oublier la réalité d’une situation dramatique. Avec cette injonction, cette alerte, Bente Skjøttgaard nous sensibilise, également, sur la nécessité à être vigilants, à modifier nos comportements. Ce sont bien les inconséquences humaines qui sont à l’origine de nombreux désastres écologiques. L’artiste, comme d’autres aujourd’hui, nous suggère de repenser notre rapport au monde et tout le système de relations que nous entretenons avec la nature. Elle ne devrait plus être extérieure à l’homme, simplement belle et utile, constituée de paysages confinant au décor ou seulement à une source inépuisable d’enrichissement mais un patrimoine commun, fragile dont il faut urgemment prendre soin par bon sens et intérêt bien compris. Notre responsabilité est grande. Notre conscience écologique doit être éveillée. Bente Skjøttgaard fait de l’écologie non seulement un sujet de création mais aussi un principe de réflexion remettant en question notre culture fortement imprégnée d’individualisme.

Cette dernière série d’œuvres est, en grande partie, présentée sur des tables en métal faisant allusion, par leurs surfaces réfléchissantes et leurs bords sinueux, au milieu marin. D’autres pièces installées sur les murs semblent envahir, telles les mers, l’espace d’exposition comme si elles avaient dépassé les limites qui devaient être les leurs et gagné de nouveaux territoires. Mnemiopsis leidyi donne l’impression d’être hors de contrôle. Les sculptures céramique de Bente Skjøttgaard échappent ainsi visuellement – par ce mode d’accrochage sur les cimaises de la salle – au genre « objet » inscrit dans l’histoire même de la céramique pour participer à une mise en place dans l’espace qui s’assimile, de fait, à un mode de représentation : l’installation. Le visiteur est au cœur du dispositif. Il participe pleinement de l’expérience qui lui est proposée. Sa déambulation, dans l’exposition, crée la dynamique, le mouvement. Il interagit avec des œuvres réalisées à partir d’argile dont la plasticité, la consistance « molle » permet à l’artiste, comme dans la série précédente « Cloud » inspirée de nuages, de travailler sur des sujets non statiques, qui les rend particulièrement intéressants, aux yeux de Bente Skjøttgaard, à explorer de manière sculpturale et à rapporter comme volume, matériau, couleur et donc aussi, mouvement permanent.

Ayant une formation de céramiste, Bente Skjøttgaard, fait partie de ces artistes qui, par la singularité de leur parcours, auto-définissent et circonscrivent librement et volontairement leur champ d’action à un matériau et des pratiques. Leur choix est respectable. Il ne s’agit pas d’une limite mais d’une liberté. De fait, les sujets qu’elle aborde s’inscrivent avec force au moment du « faire », de l’émergence de l’œuvre, dans ce médium par la spécificité même de ses contraintes techniques. Pourtant, en choisissant la technique du modelage, elle intègre également son travail dans une logique qui est, aussi, celle de la sculpture. Son geste se situe donc, tout à la fois, dans une tradition céramique primitive et dans les pratiques classiques de la sculpture. Ses propositions révèlent, dans leur mise en œuvre, un travail fondamentalement expérimental que soulignent des formes chaque fois nouvelles lui donnant l’occasion de développer un propos toujours renouvelé et des niveaux de lecture complexes. La façon qu’elle a de les concevoir n’est pas sans rappeler celle de Paul Gauguin qui envisageait et réalisait ses céramiques selon une manière semblable aux processus biologiques de croissance, conformément à son idée que les artistes sont des « élus » de la nature œuvrant à une « continuation de création ». Nous sommes tentés d’ajouter : élus, magiciens de la terre dont les protocoles de création s’inscrivent dans une marge qui, étonnamment, apportent une certaine forme de confort et de liberté d’action qui n’est pas sans se retourner contre eux. La présence qui leur est légitimement due dans l’art contemporain est très limitée même si certains artistes issus du « monde » de la céramique tels que Bente Skjøttgaard ont pu, ces dernières années, accéder à une meilleure visibilité.

Le matériau et les techniques utilisés semblent, en apparence, primer. Ils sont, en réalité, au service d’un propos en relation au monde. Certains éléments, dans la manière qu’a Bente Skjøttgaard de concevoir ses œuvres et des éléments de son discours, nous éclairent sur ses intentions. Encore faut-il avoir la volonté de le voir et de l’entendre. Elle part de phénomènes naturels et aborde, ici, des problématiques écologiques. En ce sens, son travail est connecté aux enjeux de notre temps, au questionnement de chacun sur notre devenir commun. Des dessins préparatoires, rapidement esquissés, servent de point de départ. Au moment de la construction des formes, Bente Skjøttgaard travaille à l’émergence de compositions personnelles, imaginaires, tenant compte de ce qu’il est réellement possible de réaliser avec ce matériau sachant que la répartition des lignes, des masses, des pleins et des vides dans l’espace doivent en assurer l’équilibre. Elle les émaille ensuite de manière décomplexée et brillante. Elle essaie toujours de conserver la fraîcheur du croquis de départ tout en produisant des images se situant entre le reconnaissable et le non défini. Ses propositions ne sont pas que formelles et esthétiques. Elles échappent à la notion d’objet dans sa définition la plus restrictive et sont, en tout cas, assez éloignées d’une céramique contemporaine s’instituant essentiellement autour de ce principe et comme genre que l’on aurait du mal à définir tout autant que la peinture, le dessin, la gravure, la sculpture ou encore la photographie dits, justement, « contemporains » par exemple.

Les plus conservateurs voire réactionnaires du « monde » ou plutôt « des mondes » de la céramique - tant les démarches et propositions sont multiples – voient dans la référence à ce médium une totalité transcendante fruit d’un japonisme pourtant à l’origine oxygénant et fécond mais vite incompris et plus tard caricaturé à ses dimensions les plus réductrices par celui, entre autres, que certains étudiants des écoles d’art anglo-saxonnes nomment avec un humour très british « the bloody Bernard ». Bernard le sanguinaire, autrement dit Bernard Leach, teinta, par cette voie, médium et pratiques d’une dimension quasi rituelle et mystique, corporatiste et sclérosante. Position difficile à tenir, dès la fin du XXème siècle, dans une société occidentale où les frontières entre les genres sont devenues poreuses au point de confiner à la dissolution. Position idéologiquement et culturellement centrée sur une forme de primitivisme se targuant de vérité et de bon goût. Position difficile, également, à tenir face à un art contemporain qui a fait de la remise en question permanente un de ses ressorts principaux que certains considèrent à tort comme un relativisme confinant à la faute de pensée. Cela est d’autant plus vrai que, précédemment, l’intérêt porté à la céramique par quelques artistes précurseurs comme Paul Gauguin a, d’un côté, extirpé médium et pratiques d’un repli sur soi toujours hargneusement vivace et, de l’autre, amené tout un monde des avant-gardes artistiques à considérer autrement un médium alors perçu comme secondaire. Pablo Picasso a définitivement enfoncé le stylet dans la terre si l’on peut dire et l’on sait l’extrême fécondité du geste que ne pourra, n’en déplaise, affadir le génie d’un Lucio Fontana jugé formellement et esthétiquement correct à la hâte par certains qui, décidément ne voient et comprennent que ce qu’ils ont envie de voir et de comprendre. A contrario, il est possible de reprocher une trop forte différenciation à l’encontre de certains artistes issus de la « filière » céramique par un monde de l’art contemporain devenu, du coup, frileux voire suspicieux par certains discours pour le moins agressifs. Les œuvres de Bente Skjøttgaard ont pourtant plus leur place dans des lieux et manifestations liés à l’art contemporain que dans des foires de design où les principes décoratifs prévalent ou, encore, dans des galeries se limitant à la présentation d’objets en céramique ou en verre et à un artisanat converti à un luxe pour le moins douteux, en tous cas, sujet à questions.

Pour reprendre le titre d’un numéro spécial publié par le magazine ArtPress où les propositions de Bente Skjøttgaard avaient effectivement toute leur place, ses œuvres illustrent à merveille ce que l’on pourrait appeler de la céramique au-delà de la céramique, non pas en tant que médium et pratiques mais plutôt en tant que mode de pensée réactionnaire qui, par sa nature même, est mort. Il est vain de vilipender un monde de l’art pour qui toutes ces questions – celles autour de l’utilisation du médium céramique – sont réglées depuis longtemps. Il s’agit plutôt de s’y confronter en jouant le jeu des possibilités qu’il offre pour certains (accès à des lieux d’expositions Ad hoc, à la critique professionnelle, à des budgets plus conséquents, à des amateurs engagés...). Il y a bien des certitudes et repères culturels à reconsidérer afin de permettre une nouvelle approche écologique de l’écosystème céramique, de nouvelles perspectives « environnementales » pour quelques-uns des acteurs les plus remarquables du « monde » dit de la céramique.

Yves Peltier





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